Le créole de la Réunion (réunionnais) : une langue créole

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Comment définir le créole de l’île la Réunion?

 

Voilà une question bien difficile à laquelle beaucoup de réunionnais mêmes ne sauraient répondre sans se contredire. Certains diront que c’est une question qui prête à rire, tandis que d’autres verseront des larmes amères sur leur visage souvent métissé.

 

Et puis, comment parler du créole réunionnais lorsque celui-ci varie à la fois en fonction du relief, de l’endroit géographique, des tissus sociaux ou des histoires familiales? Le créole parlé sur la côte et le littoral n’a pas toujours la même puissance, la même musicalité et cette note d’authenticité de celui pratiqué dans les “Hauts”, refuge des premiers “Marrons” assoiffés de liberté, et berceau de la culture “YAB”.

Au-delà des aspects socio-culturels, la complexité d’une réponse se lit à travers le  prisme politique. En effet, de part la situation géopolitique de l’île, certains courants indépendantistes/autonomistes ou pro-Hexagone pèseront forcement dans la réponse. Quand l’un parlera de langue régionale et identitaire, l’autre parlera de patois dérivé d’un vieux français ne possédant pas de grammaire.

Quant à moi, les années qui s’ajoutent les unes aux autres, telles des petits grains de sable qui remplissent mon sablier, me laissent entrevoir une ébauche de définition du “créole réunionnais”. Enfin, de mon “créole réunionnais”. Du mien.

C’est vrai, pour ne rien vous cacher, la définition que je donnerai aujourd’hui n’est pas celle que j’aurais pu donner il y a 25 ans de cela. En effet, à cette période, vivant dans un petit village des Hauts, cette langue maternelle me renvoyait, comme un boomerang en plein visage, les difficultés familiales quotidiennes, les inégalités sociales et surtout, cette rage qui grignotait mon âme à petit feu au vu du chemin semé d’embuches à parcourir pour gagner le combat de la dignité.

Il y a également cette maxime qui est de dire qu’il faut bannir la langue créole pour réussir. Voilà ce que j’ai entendu et ce que bon nombre de petits réunionnais entendent malheureusement encore, malgré la reconnaissance du MALOYA (blues réunionnais) comme patrimoine immatériel de l’UNESCO.

 

Voyage et déplacement

Dieu-merci !l’expérience a du bond. Le Voyage et le “déplacement”.

Je n’aurai jamais cru qu’en prenant pour la première fois ce grand oiseau blanc bardé de métal et d’électronique – moyen le plus rapide pour passer de l’île au continent – j’allais au fond vivre un autre voyage. Un beau voyage. Tel le parcours d’un sentier de la Réunion : intime, abrupte, difficile, et majestueux.

randopitons

Un voyage en moi-même. Non pas une introspection déplacée mais bien un déplacement intérieur. Une ascèse. Un passage. Toujours en quête de la fine pointe de l’homme réunionnais que je sentais bouillir en mon “for interne” comme une fournaise. Un besoin de pacifier en comblant les ravines, en pansant les côtes déchirées et en abaissant les pitons et montagnes qui semblaient infranchissables.

Ubuntu

Une invitation à coopérer avec le réel en acceptant de n’avoir pas forcément la possibilité de remonter à la Révolution Française à la recherche de ses aïeux. Pour ma part, c’était une prise de conscience que mon ADN trouve son origine dans des horizons aussi divers que celui d’un esclave venu d’Afrique, de Zanzibar ou de Madagascar, de flibustier, de vendeur d’esclave,de commandeur, ou d’engagé indien venant de la côte MALABAR . Un sang métissé pourtant d’un rouge universel.

danseuse

Au fond consentir à être ce qu’on est. Être soi-même et en tirer profit car nous avons du prix et faisant notre cette philosophie de Vie de NELSON MANDELA » (Ubuntu). Puisque « Nous existons , nous appartenons » non pas seulement à une Nation, à une Terre mais à l’Humanité. Bâtir des ponts au lieu de construire des mûrs.

CLICANOO

“Va, quitte ton pays” (974)

“Va, quitte ton pays”… et deviens toi-même. Cette parole n’a jamais été aussi vraie.

Le constat était flagrant, la puissance du Verbe m’a mis en chemin. En effet, plus je faisais mienne cette parole, plus je me laissais dompter, toucher, par ce “langage créole”, cette langue du cœur : La tendresse des mots tendres.

Aujourd’hui, 20 ans après, je veux rendre hommage à ces rencontres improbables – bien plus que des amis – croisées sur ce sentier de randonnées sinueux qui m’ont aidé à contempler dans l’action, la Beauté de cette langue au-delà de la sémantique. Ils sont si nombreux ces hommes et ces femmes de différentes nationalités qui ont fait l’éloge de la musique des mots de ce “parler-vrai”.

C’est une des raisons pour laquelle il m’est facile aujourd’hui de prendre position en soutenant cette langue maternelle réunionnaise – ma langue – née d’une volonté de communiquer d’hommes et de femmes de cultures différentes, déracinés, dans un contexte douloureux.

esclavage-statue

Cette langue réunionnaise, lumineuse comme une fleur de corail, renvoie une beauté sans pareil sur l’Homme Réunionnais. C’est à elle que je dédie cette chanson :

 

Ludo-Benoit.

 

2 réponses

  1. Jerome
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    Merci pour cette nouvelle publication, il faut parler Creole et parler du Creole. Meme si le Maloya lui offre une notoriete certaine, c’est l’amour que toi et d’autre lui portez qui lui offre un vrai sens et un futur. Toutes les langues sont riches de leur histoire, un passe plus ou moins douloureux. Mais quel resultat! Le creole c’est la beaute du metissage. Amicalement.

    • admin
      |

      Merci Jérôme pour ton encouragement et ton ouverture.

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