Culture locale : Le maïs et le pois de Cap

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Reunionnaisdumonde

 Séjour à la Réunion (974) : Entre Terre et Mer

Je me suis posé la question à plusieurs reprises de savoir quel serait le sujet du premier article qui lancerait ce blog : comment vivre son séjour à la Réunion, un voyage de l’intérieur, entre terre et mer. Il y a tellement de sujets intéressants et passionnants à traiter mais quoi de plus naturel que de démarrer ce blog et cette année en vous parlant de la terre. De cette terre réunionnaise généreuse par son relief – le site randopitons.re en fait l’inventaire –, ses côtes déchirées à profusion qui ont accueilli les premiers bateaux et vu arriver et naitre mes ancêtres, ma famille, quelques uns de mes proches. De cette terre fertile – terre nourrissante – où pousse d’innombrables cultures, plantes et arbres endémiques dont la réputation mondiale comme pour le café Bourbon Pointu n’est plus à démontrer.

cafebourbonpointu

Culture traditionnelle : Maïs et Pois du Cap

J’aimerais aujourd’hui faire un zoom sur une culture traditionnelle, non mécanisée, et non médiatisée même en cas de sécheresse à l’inverse de l’Hexagone: je veux parler de la culture traditionnelle du maïs et du pois vert du Cap.

Ici, c’est une culture souvent familiale, pour nourrir les hommes et les bêtes. Elle se pratique dans les bas, à mi-hauteur ainsi que dans les hauts. Qui des Réunionnais n’a pas gouté au gâteau « tison » – genre de quatre quarts au maïs- ou d’un beau gâteau « lamsim » dégusté – certainement pour les plus modestes – dans une feuille de chouchou  ou de citrouille? Ou bien encore, qui d’ici n’a pas apprécié un bon poulet « lakour » – de la bassecour – accompagné de pois verts ? Voilà des traditions qui se perdent peu à peu. En effet, la pression démographique, la « malbouffe », le manque de sous et a contrario les recettes de la défiscalisation poussent beaucoup de familles à vendre ou à délaisser ces petits lopins de terre. Quant aux jeunes, poussés quelques fois par leurs parents ou grands-parents qui avaient trimés dans les champs, laissent souvent de côté cette activité. Trop de similitudes avec le boulot d’esclave.

mais

Pois du cap

En ce qui concerne ma famille, c’est une institution. Avoir son propre maïs est une évidence parce qu’on aime ça. Parce qu’on adore les produits frais, les produits bio, les produits du terroir et qu’on adore déguster un bon « cari canard » et qu’il n’y a pas de bon canard sans bon maïs ;-).Ma famille est une famille « ti colon » qui le plante, à flan de montagne, sur un lopin de terre qui ne nous appartient pas. Nous produisons trois à quatre sacs de maïs que nous partageons équitablement avec le propriétaire du terrain.

Sejour-La-reunion Zinfos-974

Il est de coutume après les premières pluies de décembre et en fonction de la lune de préparer la terre – gratter – et de semer les graines préalablement sélectionnées aux fils des saisons. Et dès le début de janvier, telle une promesse reçue, les jeunes pousses sont là, accompagnées de mauvaises herbes : « zoumine, fatac » et de « sournette » dont raffolent les lapins et les poules.

Reunion Island - sournette

Aujourd’hui, c’est un grand jour. D’un commun accord, mes frères ainés et ma mère âgée de 75 ans décident de gratter la terre afin d’aider les premiers « pied de maïs » à croitre. L’opération est simple et spirituelle : séparer l’ivraie du bon grain. Pour cela il faut se munir de grattes pour retourner la terre tout juste mouillée et de couteaux pour émonder les arbres trop envahissants. Etant en congé, je me décide à les rejoindre et à partager ce temps familial malgré le manque de pratique. En effet, voilà plus de vingt- cinq ans je n’ai pas touché à une gratte hormis ma guitare ;-). Voilà un beau défi à relever ! Une nouvelle partition à jouer.

Gratte-mais

voyage-authentique

Munis de casquettes ou de capelines en pailles, entre caresse et massage musclé de Sumo, nous ramenons la terre retournée – véritable terreau – au maïs en prenant la précaution de bien arrêter la prolifération des mauvaises herbes. La progression du travail se fait lentement au vu du dénivelé de terrain et de la chaleur de l’été austral.

Randopitons

Au delà des courbatures dans le dos et des ampoules dans les mains, quel moment magnifique ! Quelle satisfaction ! Sentir qu’en retournant sa terre, nous prenons soin de la Réunion à notre façon et nous lui disons notre reconnaissance pour ce qu’elle est à nos yeux, ce qu’elle nous donne. Plus qu’un caillou dans l’océan Indien. Plus qu’une plage pour se détendre. Plus qu’une île. Un pays.

Et quelle joie pour moi de voir ma fille cadette – la parisienne – de sept ans et demi prendre son pied à nous aider en nous donnant de l’eau fraîche ou en ramassant les patates douces que nous avons déjà pu récolter pour le gâteau prévu pour le lendemain. Le relais de la tradition est peut – être passé.

Jeanne-parisienne

Au repas du midi, cari poulet et « rougail de morue » accompagnée de riz blanc et d’haricots blancs. Me voilà bien fier d’être un réunionnais du monde, enfant de cette terre. Ludo-Benoit.

26 réponses

  1. Ta grande soeur chérie
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    Je savais que tu aimais ton île,et c’est très bien de le partager avec les autres de montrer qui tu es vraiment et de ne pas oublier tes racines c’est important, je te félicite pour tout cela que Dieu te donne la grâce de continuer dans cette voie. C’est très beau ce que tu as écrit mon frère.bisous.Dis à Jeanne de me garder des patates.

    • admin
      |

      Merci Josie. Comme dit ma pub d’Yves Rocher « Leçon de beauté n°1 : être soi-même » 😉

  2. Benjamin Lebègue
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    quand est ce que tu nous invite ? 🙂

    • admin
      |

      Pour ton voyage de noce on pourra te loger… Ce n’est pas une blague 😉

  3. Marc
    | Répondre

    Merci mon frère pour le partage de ta culture.
    Des gros bisous de tous les Déclais

    • admin
      |

      Merci pour ton commentaire en espérant qu’un jour on mangera sur la même table ici 😉

  4. Kénel bercy
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    Salut Ludo,
    Très beau texte. Ça me rappelle tellement mon village à moi en Haiti. Le mais boucané , la patate douce, le poulet de la basse-cour, le pois me rappellent tellement mon Haiti chérie. Même si on est très loin géographiquement parlant, on est très proche sur le plan cullinaire tout au moins. Ne parlons-nous pas tous les deux le créole?

    Salutations fraternelles à toute la famille.

    • admin
      |

      Merci Kenel,

      De part leur position géographique et leur histoire, il y a forcement beaucoup de similitudes entre Haïti et la Réunion. Et je comprends ton attachement à cette Terre, à ta Terre. Et oui, tous les deux nous parlons créole. N’est ce pas la langue du coeur? 😉

  5. Al Martinez
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    J’arrive! oooppps plus 5 personnes! Aux îles de tropique les vents sont doux et magnifiques. Caressant le soleil nous brûle sont typique, La verdure éclabousser qui domine la scénique. Toujours, aux îles tropiques la mer est puissante et en même temps tragique. Son infinité ne pas, cessez nous surprendre son élégance etmettre nos âmes sur ses mains magiques. Merci pour ton partage.

    Les Martinez d’iles de Montréal

    • admin
      |

      Quand tu veux cher AL, on peut vous accueillir tous les 5 !!!! tu sais ici c’est comme aux Philippines on peut trouver de la place …. cependant il n’y a pas de « Balut »(https://fr.wikipedia.org/wiki/Balut_(cuisine)) ici. lol

    • Kénel bercy
      |

      Al, je ne savais pas que tu étais poète. C’est tellement bien dit. Ça ne peut venir que de quelqu’un vivant sur l’île de Montréal.

    • admin
      |

      Tu sais Al est pour moi un grand poète. Regarde ses photos, ses décorations, même quand il roule un maki il fait de la poésie 😉

    • Al Martinez
      |

      Merci mes co tropiques!!!

  6. monique paternoster
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    Jolie plume, bien agréable à lire, nous offrant de découvrir un peu de ce qui fait ton essence, tes racines. Merci de ce partage qui parle de la terre reunionnaise

    • admin
      |

      Chère Monique,

      Merci pour tes encouragements. Tu saurais mieux parler que moi de la terre, toi pour qui la botanique réunionnaise n’a plus de secret.

  7. claude Techer
    | Répondre

    merci pour cet article qui, par son style et son vocabulaire, parvient à communiquer une profonde émotion légèrement teintée de nostalgie ! continue Ludo ! c’est trop beau tout ça !

    • admin
      |

      Merci beaucoup Claude pour ton encouragement. si tu veux écrire un article, fais moi signe 😉

  8. shamav
    | Répondre

    Joli cadeau de mon amie Claude que le lien vers ton blog
    De belles photos et surtout une langue qui transporte … celle qui a quitté son île il y a longtemps. Quand réalité & poésie viennent recharger certaines batteries…
    Merci et à la revoyure!

    • admin
      |

      Shamav,

      A mon tour de te remercier pour ton message chaleureux et encourageant. Je suis ravi que cela t’ait plu.

  9. Serge MAILLOT
    | Répondre

    Ta manière d’écrire et les quelques photos me renvoient à tout ce que j’aime… nature, authenticité, simplicité…. Malheureusement la plupart d’entre nous ont perdu de vue cette vie, dans son propre sens du terme : élémentaire… Le sujet que tu as choisi est superbement abordé. Je te remercie de me l’avoir fait partagé.

    • admin
      |

      Merci Serge,

      Pour ces mots qui me touchent. La Réunion fait partie de mon essence, de mon ADN. C’est vraiment avec plaisir que j’ai écrit cet article. A partager son modération 😉

  10. Marie Colette AUMON
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    Bonjour Ludo, je me suis levée ce matin la tête dans le guidon…Pour moi internet est un outil de travail et je n’ai guère le temps de m’attarder sur les futilités des uns et des autres. Mais, là, je suis scotchée, j’en perds mon créole. Chapeau mon frère, en quelques photos et des phrases, si bien tournées qu’elles font surgir un soupçon d’envie, tu me ramène à l’essentiel: carpe diem! Merci de partager ces moments de bonheur avec nous. Eh! oui! C’est ça le bonheur!

    • admin
      |

      Très Chère marie Colette,

      Un très grand merci d’avoir pris le temps pour lire cet article. Avant il nous fallait traverser les océans pour faire connaître notre petit « Péi ». Aujourd’hui grâce à internet, le monde vient à nous. Par conséquent cet outil devient un bon levier pour promouvoir notre culture. C’est trop génial. Si tu veux écrire un article sur un sujet qui te passionne , n’hésite surtout pas ;-). Gros bisous à vous et encore joyeux anniversaire de mariage.
      Amitiés Ludo.

  11. Marie Colette AUMONT
    | Répondre

    Bonjour Ludo,
    Je prends note de ta proposition et à l’occasion je me ferai une joie « d’ajouter mon grain de sel ».

  12. Jerome
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    Magnifique. L’humain, la nature, les traditions… Ton blog fait voyager. 😉

    • admin
      |

      Merci. c’est également une invitation 😉

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